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Volume Deux

100 Petites Histoires du Passé,

pour conserver notre langue et notre culture acadienne, volume 2

 

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Extrait du livre "100 Petites Histoires du Passé, pour conserver notre langue et notre culture acadienne, volume 2"

Ch 17 Les coffres de mort

Cazimir : I’timbe tcheuques grabots d’neige. J’esparance qu’i’ f’ra pas trop laid bétôt pour aller veiller la vieille Françoise à p’tit Jean. Les enfants, z-eux, i’ y avont ‘té à la recess dire tcheutes "Notre Pére", avec la Soeur Marie-Olive des Anges. Alle a eu beau dans son temps, c’te vieille Françoise-là. My God, quand qu’a’ pouvait s’déhâler su’ " Pig and Whistle ", a’ manquait point sa chance. Alle avait l’djâble au corps, coumme qu’i’ disont.

Zabeth : Parle pas d’la vieille Françoise de même, Cazimir. On devrait pas parler des morts après qu’i’ sont morts.

Cazimir : Naon, parce qu’alle est p’t-être point morte. Tu prendras coumme la femme à Jean-Pierre Robichaud, yelle, i’ disont qu’il’ l’avont gardée 18 jours su’ son sueur. Il’ étiont point sûrs si alle était morte ou point.

Zabeth : Tchi c’qui t’a conté ain histoire d’la pareille ? Si alle était morte, pourquoi c’qu’il’ l’entarriont pas ?

Cazimir : Bin, as-tu hamais a’tendu c’t’histoire-là avant ? C’te Marguerite-icitte était dans tcheuque sorte de coma pis il’ la gardirent ain grand bout d’temps dans la chambre la plusse frette du logis. C’est supposé que l’restant d’la famille voulait pas farre m’nir le docteur à la maison parce que lui, c’était ain Protestant.

Zabeth : Ça me r’ssemble que ça yeu’ z-avait pris longtemps à s’décider si alle était vraiment morte.

Cazimir : Bin, les Soeurs du couvent veniont avec ain miroué pis quand qu’i’ y mettiont d’vant la face, ça faisait coumme d’la sueur su’ l’miroué. Le miroué v’nait toute ersuagé pis là, i’ disiont qu’y avait encore ain p’tit brin d’vie dans yelle.

Zabeth : J’te gagerai qu’c’était à cause qu’il’ emportiont c’te miroué-là au frette, c’te suagerie-là. Il’ avont-i’ fini par l’entarrer c’te pauvre femme-là ?

Cazimir : Bin ouai, après 18 hours, le prêtre la prononçit morte pis là, i’ la mirent dans ain coffre qu’était fabriqué au moulonne à Élisée.

Zabeth : Ah ouai, h’ai a’tendu dire que su’ Élisée faisiont des coffres de morts, longtemps passé. Pis c’ti-là qu’avait sarvi pour Marguerite, ça fut l’darnier.

Cazimir : C’est huste çâ. Pis il’ l’avont sauvé, c’te coffre-là. Il’ est en tcheutes parts dans l’fet du moulonne. ‘Ois-tu, Marguerite avait ‘té mis dans c’te coffre-là pis son gâ’ Jean s’en m’nit des États pis i’ trouvait pas que çâ c’était bon assez pour sa mére. Ça fait, i’ furent en aj’ter ain autre à Meteghan, plusse cher et rembourré avec d’la belle soie.

Zabeth : J’peux m’imaginer que l’monde a’rait arrêté d’aj’ter les coffres à su’ Élisée s’i’ pouviont en a’oir des plus beaux de Meteghan. I’ voulont tourjou’ çâ qu’y a de meilleur. Tcheue sorte de coffre que Françoise va bin a’oir, yelle ? C’est pas la plusse riche du village.

Cazimir : Le temps qu’tu t’greyes, j’vas aller m’qu’ri tcheuques morceaux d’allumettes pour coummencer mon feu d’main matonne. Ça m’chagrine de grouiller la chatte. Alle est assez bien nigée dans la boîte à bois.

Zabeth : Oblie point d’sorti’ ta grosse gobarge salée. Faut qu’t’enmeunes çâ au bois d’main pour les loggueux. C’tés corps-là, ça peut manger.

NOTEZ : Cette histoire a été choisie parce qu'elle se rapporte à la famille Robichaud.  Marguerite, la femme de Jean-Pierre, a vraiment été mise dans un cercueil et plutard transférée dans un "coffre de mort" de meilleure qualité.  Le premier cercueil en question a été préservé depuis 1912 et vous pouvez encore la voir aujourd'hui chez U.J. Robichaud.